Alexis Vassiliev

Alexis

J’ai choisi de me consacrer à la musique. La musique, c’est  une quête incessante, une exploration, un approfondissement sans fin d’un monde qui s’élargit au fur et à mesure qu’on avance. Depuis que j’ai commencé de chanter, je me suis toujours retrouvé devant ce mystère.
Voilà ma vie.

Mon père était directeur d’une école de musique, qu’il avait fondée, dans le nord de la Russie. Il accompagnait ma mère qui avait une belle voix. Mes parents m’ont installé devant un piano et j’ai connu le succès très vite, dès ma petite enfance. C’est un souvenir lumineux et sombre à la fois… Le travail de chaque jour jusqu’à m’évanouir… L’absence de désinvolture, le sentiment d’être en mission devant deux mille personnes, d’avoir une responsabilité… Mais c’est moi seul, en restant  après les cours dans l’immense phonothèque de l’école, pendant les longues soirées enneigées, qui me suis engagé  dans la découverte magnifique du  monde de l’opéra − russe, italien, français. J’ai entendu tant de voix sublimes, elles ont élevé mon goût, elles ont renforcé mon désir d’entreprendre des études de chant. A la suite d’un grand concours, je suis entré en tant que chanteur à l’Académie Gnessine de Moscou, où j’ai fait toutes mes études supérieures de musique et travaillé à approfondir la technique de contre-ténor. C’est là que je me suis tourné vers le répertoire baroque.
Plus tard, quand je suis venu en France – où je vis maintenant −, j’ai rencontré des maîtres, comme Virginia Zeani Rossi-Lemeni, Viorica Cortez, Dolora Zajik, des artistes de grande noblesse qui pratiquent cet art ancestral et qui ont marqué mon apprentissage.
Bien sûr, j’ai passé des concours internationaux, j’en ai gagné (Darclée à Braila en Roumanie, Puccini-Albanese à New York, Léopold Bellan à Paris…). Mais l’essentiel est ailleurs. Ce qui est passionnant, c’est de percer le mystère qui est là. C’est de produire une extase, de transfigurer l’être humain qui m’écoute.
La musique est une affaire de passion, donc d’irrationnel. Mais transformer l’énergie physique en son, les vibrations en résonance, c’est ça le travail du chanteur au présent. Ni notre corps ni notre esprit ne font de cadeaux, et le contact qui s’établit avec eux quand on chante doit être ferme, juste et inébranlable. La discipline est indispensable. La technique est la noblesse de l’art.

J’ai fait beaucoup de récitals, j’ai joué au théâtre (Le Bal masqué, de Lermontov, à la Comédie-Française : un rôle chanté), à l’opéra (Otton, Orlando, Malcolm, Ratmir…) un peu partout dans le monde, en France, en Espagne, en Suède, en Italie, en Russie…
Et, à  un moment de ma vie, j’ai éprouvé le besoin de me mettre en retrait, de prendre du recul, pour dépasser le chant interprétatif, figuratif, et atteindre le chant de création, les éléments purs de l’art. Viser le dépouillement, trouver la juste  résonance de ma voix. Et pour cela, j’ai compris qu’il fallait me rapprocher de l’école originelle. C’est une affaire de plusieurs années, peut-être de toute une vie, justement.
Je peux maintenant  rejeter les  exclusivités, notamment la convention des  répertoires dédiés. Je refuse  le sexisme en art, surtout en chant… Les voix sont androgynes, la voix de chaque individu englobe la sensibilité de tous les sexes également, ainsi que l’état d’enfance.
Aujourd’hui, j’aborde tout le répertoire que je peux aborder physiquement avec ma voix contralto colorature, avec ma technique, mes envies et mes goûts musicaux. L’espace est vaste…​